jeudi, 12 février 2009

Après les médias, les médiateurs...

Décidément, Nicolas SARKOZY gouverne d’une manière bien étrange. Depuis quelques temps, alors que la colère gronde dans de nombreuses catégories de la population pour dénoncer des réformes mises en place autoritairement, sans aucune négociation avec les partenaires sociaux, on voit apparaitre une nouvelle catégorie de personnages : les médiateurs.

Sans titre.JPGTrois ministres voient donc leurs prérogatives encadrées par des « personnalités qualifiées », afin de résoudre des problèmes que le gouvernement est incapable de régler, terrible et implacable aveu d’incompétence et d’inaptitude :

- Xavier DARCOS, qui défend bec et ongles sa réforme du lycée (imposée par SARKOZY, lequel lâche aujourd’hui son ministre avec ce courage qui le caractérise si bien et qu’il clame haut et fort), est désormais cornaqué par Richard DESCOINGS, Directeur de Sciences Po Paris ;

- Valérie PECRESSE, dont la réforme universitaire est loin de faire l’unanimité, a demandé le secours de Claire BAZY-MALAURIE, Présidente de Chambre à la Cour des Comptes ;

- Enfin, dernier en date, Yves JEGO a dû se faire accompagner en Guadeloupe par deux médiateurs, à savoir Jean BESSIERE, Directeur général adjoint du Travail, et Serge LOPEZ, Directeur du Travail d’Aquitaine.

Voilà donc la méthode SARKO, la rupture promise. On ne négocie pas, on impose, on contraint, et si la populace ne se laisse pas faire, on recule. Mais il ne faut surtout pas perdre la face, alors on joue les conciliants, on s’adjoint un médiateur chargé de prendre sur lui la responsabilité de la marche arrière. Comme cela, devant les troupes et les élus de l’UMP, on peut toujours parader en prétendant tenir bon. Si le lest est jeté, ce n’est pas par le gouvernement : c’est le résultat de la médiation.

C’est une bien belle leçon de courage politique que nous donne le gouvernement…

mardi, 22 juillet 2008

A deux voix près...

La réforme constitutionnelle a donc été votée à deux voix près. On entend beaucoup parler de celle de Jack Lang, le Philippe d’Orléans du PS. On peut également citer celle de Bernard Accoyer, qui a pris part au vote contre la tradition républicaine qui veut que le président de séance ne participe pas au scrutin.

Je ne m’interrogerai pas sur ce qu’il faut faire de Jack Lang. Personnellement, mon opinion sur le bonhomme ne date pas d’hier. Il était assez logique qu’il votât une réforme dont il était l’un des auteurs.

300px-Constitution_sceau.jpgEn revanche, ce qui me gêne un peu, je l’avoue, c’est cette logique – assez nouvelle – qui consiste à transformer un vote aussi important qu’une réforme constitutionnelle en un vulgaire affrontement droite/gauche. Je suis mal à l’aise lorsque j’entends des parlementaires de droite – comme Hervé Mariton – dire qu’ils ont voté cette réforme qui leur déplait pour éviter au Président de la République d’être désavoué. Je le suis tout autant face à des parlementaires de gauche – comme Christophe Caresche – qui avouent avoir respecté la discipline de vote de leur parti à contre cœur.

La Constitution n’est pas une loi. Ce n’est pas l’instrument de mise en œuvre d’une politique. C’est pour cette raison que j’ai voté non au référendum de 2005 sur la Constitution européenne, dont la partie III institutionnalisait un corpus idéologique.  La Constitution, c’est un socle commun, sur lequel tout le monde doit se retrouver. C’est pourquoi il est regrettable que cette réforme ait été organisée  sans la recherche d’un consensus.

Certes, les plus fervents partisans de Nicolas Sarkozy diront que le Président de la République a « fait des concessions » à la gauche. Mais une Constitution ne se réforme pas en marchandant : « Tu acceptes que je parle devant le Parlement et, en échange, je te laisse fixer l’ordre du jour. »

Cette réforme a été conçue par une commission composée d’hommes politiques et de juristes et présidée par Edouard Balladur. Jack Lang en était le Vice-président. Et c’est bien là que, selon moi, se situe la faute la plus lourde de l’ancien ministre socialiste. Sa nomination au sein de cette commission, il ne la doit qu’au choix du Président de la République. Or, si Nicolas Sarkozy avait souhaité que la réforme soit consensuelle, il eut dû inviter tous les partis représentés au Parlement à participer à cette commission (seuls l’UMP, le MoDem et le PS y étaient) et les laisser choisir eux-mêmes leurs commissaires. Jack Lang a accepté et cautionné ce simulacre de concertation. Dont acte. Le reste n’est que logique.

lundi, 07 juillet 2008

Au dessus de rien...

Dans son discours du 6 mai 2007, au soir de sa victoire à l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy déclarait :
 
« Je serai le Président de tous les Français (…), je parlerai pour chacun d’eux ».
 
Eh bien, non ! Nicolas Sarkozy n’est pas et ne sera jamais « mon Président ». Il ne me donne, d’ailleurs, pas l’occasion de changer d’avis. Car, rompant une fois de plus avec la tradition républicaine, le Président de la République ne se place pas « au-dessus des clivages partisans ».
 
sarko-france.jpgJusqu’ici, dans un pays démocratique comme la France, le chef de l’Etat se situait « hors des partis », s’astreignait à une certaine retenue. S’il était relativement accepté que le Président prenne part à la campagne des élections législatives, dont l’issue devait ou non lui apporter une majorité pour gouverner, jamais encore un chef d’Etat en exercice n’avait participé aux travaux d’un parti politique. Au soir de son second septennat et de sa vie, François Mitterrand s’était rendu à Liévin où le PS tenait son congrès. Cependant, il s’était refusé à intervenir dans le cadre de ce rassemblement. Les socialistes étaient allés le rencontrer, sur le carreau d’une mine. Nicolas Sarkozy, lui, participe tous les six mois au Conseil national de l’UMP, y prenant la parole comme s’il en était toujours le Président.
 
« J’appelle tous les Français, par delà leurs partis, leurs croyances, leurs origines, à s’unir à moi » avait-il dit dans son allocution du 6 mai 2007. Comment envisager un seul instant de rejoindre ce monsieur alors que lui-même n’arrive pas à prendre la moindre hauteur ? Non, Nicolas Sarkozy ne peut décidément pas être « mon » Président.
 

vendredi, 04 juillet 2008

Libre !

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Elle est libre ! C’est ce qui compte !
 
Certes, comme le dit Ségolène Royal, Sarkozy n’y est pour rien. Certes, c’est Alvaro Uribe, le président si contest(é)(able) de la Colombie qui a réussi à la faire sortir de sa détention. Certes, la Radio Suisse Romande évoque le versement d’une rançon. Certes, George Bush a été averti de l’opération et Sarkozy, non. Certes, le mécréant que je suis s’agace des remerciements d’Ingrid à Dieu et à la Vierge. Certes, Nicolas Sarkozy lance des promesses aux FARC qu’il ne tiendra pas (1).
 
Faut-il, pour autant, comme l’a fait Ségolène Royal, polémiquer sur cette libération tant attendue ? Si l’engagement de Nicolas Sarkozy a aidé Mélanie et Lorenzo Delloye à tenir le coup, tant mieux. Elle est libre ! Et c’est tout ce qui compte !
 
(1) Nicolas Sarkozy a promis aux FARC qui renonceraient à la lutte armée un asile en France. On se souvient que François Mitterrand avait fait la même promesse aux terroristes des Brigades Rouges. Or Nicolas Sarkozy et François Fillon ont décidé, il y a moins d’un mois, d’autoriser l’extradition de Marina Petrella vers l’Italie. Pourquoi en serait-il autrement pour les FARC ?

mardi, 04 mars 2008

Ne nous y trompons pas...

Les 9 et 16 mars prochains, c'est-à-dire dans 5 et 12 jours, nous allons voter pour les élections municipales et cantonales. Après avoir, dans un premier temps, décidé de s’investir pleinement dans la campagne électorale, Nicolas Sarkozy a finalement décidé de n’en rien faire. On lui a effectivement fait comprendre que son implication pouvait avoir des effets désastreux sur les résultats. Moins d’un an après son élection, Nicolas Sarkozy est déjà devenu un épouvantail à électeurs. Le Président « qui en a », comme il aime à se définir lui-même, a donc renoncé à s’impliquer, non pas pour sauver quelques municipalités, mais histoire de ne pas se prendre en pleine face le camouflet que de plus en plus d’électeurs rêvent de lui adresser.
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Nombreux sont les candidats de droite qui n’affichent même plus leur appartenance à l’UMP et qui s’efforcent à faire comprendre aux électeurs que les élections municipales et cantonales doivent répondre à des enjeux exclusivement locaux. Pas question – disent-ils – de prendre en considération la moindre problématique nationale. Il ne s’agit pas, selon eux, d’apporter un soutien ou un avertissement à la politique présidentielle. Permettez-moi, pourtant, d’être en total désaccord avec cette argumentation.
En effet, les deux prochains dimanches, nous n’allons seulement élire des conseillers municipaux et généraux. La Constitution de la Ve République, que le Président de la République se refuse à modifier autrement que pour faire admettre le principe de la non-rétroactivité des lois (1), prévoit en effet que ces élus locaux sont également des grands électeurs. Ce sont principalement les maires et les conseillers généraux qui ont entre leurs mains la majorité politique du Sénat, l’une des deux chambres parlementaires chargées d’enreg… de voter les lois proposées par le gouvernement.

(1) On y reviendra prochainement. 

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mercredi, 13 février 2008

Tel père, tel fils...

Non, je ne parle pas de Jean Sarkozy, qui a bien retenu les leçons de papa sur l'art et la manière de planter les poignards dans le dos de ses "amis". Je parlerai simplement de mon fils, à moi. Mon Ulysse. Né il y a quelques jours à peine, il est déjà prêt pour la lutte, le poing gauche levé, rêvant avec force d'un monde plein de sagesse et de beauté.
Bienvenue, mon petit chéri. Et bon vent, mon Ulysse... 
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jeudi, 24 janvier 2008

Troubles du comportement

De Serge Hefez, dans Libération, cet article très intéressant qui ne nécessite pas de commentaire superflu de ma part.
 
Sarkoze obsessionnelle - Serge Hefez, psychiatre.
Libération, jeudi 24 janvier 2008

«C’est devenu une véritable obsession, je lis tout ce qui le concerne, j’achète tous les ouvrages qui parlent de lui, et même les biographies de Cécilia», me révèle une patiente. Et un autre de me confier : «Cet homme envahit mes pensées, dès qu’on parle d’autre chose entre amis, je ramène toujours la conversation sur lui, j’essaie désespérément de comprendre ce qu’il a dans la tête.» A un autre moment de la journée : «J’ai su depuis le début qu’il avait un problème de quéquette, il est largement en train de me donner raison.» Sans parler des rêves innombrables où notre Président, triomphant ou démoniaque, pénètre les recoins les plus profonds de l’âme de mes patients.

f50c2d072d0caa17d60da577651272b7.jpgFace à ce déferlement fantasmatique, je m’étonne que le DSM, classification internationale des troubles mentaux, n’ait pas encore ajouté à ses innombrables taxinomies, ces nouvelles maladies de l’âme que sont la sarkomanie, la sarkophobie, la sarkonoïa ou la sarkophrénie. Comment opère ce diable d’homme pour encombrer ainsi l’imaginaire au point de générer, chez la plupart de nos concitoyens, une sarkose obsessionnelle aux effets délétères ? Certes, il est omniprésent. Certes, il fait tout pour capter notre attention et saturer nos sens. Il fait surgir un lapin pour dissimuler une colombe, subtilise au pouvoir d’achat une politique de civilisation, escamote une Cécilia pour son double rajeuni de vingt ans. Certes il exhibe son bon plaisir et nous rappelle que le pouvoir ça fait jouir, sur tous les plans et dans toutes les positions. Qu’un mâle exultant sur le trône de ses conquêtes fasse fantasmer les foules n’a rien de surprenant. Mais qu’un homme utilise à ce point son mandat pour le convertir en jubilé ininterrompu, en ivresse de lui-même, en stimulant pour mieux désirer et être désiré commence à susciter un réel malaise. Car ce narcissisme qu’il exhibe à son paroxysme nous est très familier. Dans cette révolution des valeurs, notre référent ultime est devenu la figure de l’Individu tout-puissant, contenant en lui-même l’humanité entière, incarnation de l’autonomie absolue. Ne pas prendre en compte la dimension sociale du narcissisme nous mènerait à ignorer ce qui abonde dans la vie quotidienne : terreur de la dépendance à autrui associée à une angoisse de la solitude, immense rage réprimée et désirs oraux impétueux et insatisfaits. Et qui s’associe à des traits caractéristiques de la société contemporaine comme la peur intense de vieillir, la perception différente du temps, la fascination de la célébrité, la crainte et l’exaltation de la compétition. Bien sûr, les hommes ont toujours été égocentriques, et il ne sert à rien d’affubler cela du masque de la psychiatrie. Disons que la logique individualiste fait le lit d’une propension narcissique propre à chacun.

Freud nous a depuis longtemps appris à distinguer les aspects positifs du narcissisme (que nous nommons aujourd’hui «estime de soi») de l’obsession de soi qui porte en elle les germes de sa propre destruction. Dans la légende, Narcisse pleure quand il prend conscience qu’il est lui-même l’objet de son amour. Il veut alors se séparer de sa propre personne et se frappe jusqu’au sang avant de dire adieu au miroir fatal et de rendre l’âme. Que Carla succède à Cécilia, qu’elle soit elle-même une bête de spectacle, une croqueuse de stars, qu’ils se redorent réciproquement leurs blasons n’y change rien : c’est l’homme Sarkozy qui occupe la scène, c’est l’individu président qui nous envahit sur un tempo obsédant. Au nom d’une modernité, d’une efficacité et d’une authenticité affranchies des codes et des rituels désuets du pouvoir, c’est la fonction de représentation du pays qui se réduit à l’incarnation d’un destin personnel, c’est le bien commun et collectif qui se dissout dans un individualisme démonstratif et conquérant. Mais il est avant tout une dimension du narcissisme qui fascine car elle est tapie au plus profond de nous, un narcissisme de mort qui tend à notre propre anéantissement.
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Les narcissiques sont des sujets blessés, précisément carencés du point de vue de l’estime d’eux-mêmes du fait de déceptions précoces. Qui leur reste-t-il à aimer sinon eux-mêmes ? Ils ont alors le souci d’être non seulement un, mais unique, sans plus d’ancêtre que de successeur. Le narcissisme pathologique est celui d’un individu soucieux de contrôler les impressions qu’il donne à autrui, avide d’admiration mais méprisant ceux qu’il parvient à manipuler, insatiable d’aventures affectives pouvant combler son vide intérieur, obsédé par son propre vieillissement. En dépit de sa souffrance, il évolue avec succès dans les institutions bureaucratiques qui encouragent la manipulation des relations interpersonnelles et découragent la formation de liens profonds. Le narcissisme est bien plus qu’un terme métaphorique pour désigner une obsession de soi ; c’est une formation psychique dans laquelle l’amour rejeté se retourne contre le moi sous forme de haine.

Chacun semble aujourd’hui prendre conscience que la machine s’emballe ; chacun guette l’accélération des tics de «Cheval fougueux», soupèse l’éventualité d’une explosion en plein vol. L’activisme forcené de notre Président, en virant à une gesticulation de plus en plus vidée de sa substance et de sa vérité, semble à présent mettre en scène, sous nos yeux ébahis, le spectacle de son autodestruction.

 

Merci à Melody pour cet envoi. 

mardi, 18 décembre 2007

Pourquoi travailler plus... ?

Certes, j'aurais pu passer des heures à écrire une note personnelle. Cependant, à quoi bon vouloir à tout prix se distinguer quand ma chère Melody publie mot pour mot ce que j'aurais aimé écrire. Je ne peux donc que mettre un lien sur son article. Mon opinion y est.

L'article de Melody

dimanche, 23 septembre 2007

Les hommes du Président

Lorsque Charles de Gaulle, Président de la République, nomma, en 1962, Georges Pompidou au poste de Premier ministre, les parlementaires prirent cela pour un affront. Le nouveau chef du gouvernement n’était, en effet, ni parlementaire ni vraiment du monde politique. Le même reproche fut fait, 43 ans plus tard, lorsque Jacques Chirac appela Dominique de Villepin à Matignon. Ainsi, RTL soulignait alors que ce dernier était « le rival de Nicolas Sarkozy, qui lui [reprochait] de n’être issu d’aucun suffrage universel ».
Depuis, les choses ont bien changé. Autre temps, autre poste, autres mœurs. Si le Président de la République a bien nommé un homme politique à la tête du gouvernement, celui-ci n’est finalement qu’un « collaborateur » parmi d’autres.
Ainsi, Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, donne-t-il des interviews dans Le Parisien pour se plaindre du niveau trop élevé de l’euro. Réaction de l’Elysée ? Aucune. Lorsque Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, est l’invité du Grand Jury RTL-Le Monde la veille de la rentrée politique de François Fillon, il en profite pour contredire la Ministre de l’Economie. Réaction de l’Elysée ? « Le président autorise et même encourage ses collaborateurs les plus proches à s'exprimer ». Laurent Wauquiez, Porte-parole officiel du gouvernement, s’est laissé aller à évoquer les relations entre le Président de la République et la Chancelière allemande. Réaction de l’Elysée ? « Il n’a pas à parler en mon nom. J’ai un porte parole : c’est David Martinon ». La France décide de s’impliquer dans la libération des infirmières bulgares retenues en Libye. Qui Nicolas Sarkozy envoie-t-il ? Le Ministre des affaires étrangères ? Non. Son épouse. Quelle légitimité a-t-elle ? Celle d’être l’épouse du chef. Quel devoir a-t-elle ? En tout cas, pas celui de témoigner devant la commission d’enquête parlementaire sur la question libyenne.
Il existe donc désormais, dans notre Ve République moribonde, une caste particulière : celles des éminences grises, des conseillers, des envoyés spéciaux. Ils n’ont de compte à rendre à personne, si ce n’est au Président lui-même. Ils peuvent orienter, parler, critiquer au nom de la France, sans que les Français leur aient confié la moindre charge et sans qu’ils aient, par la suite, à leur en donner quitus. Voter pour un Président de la République, c’est donc tout accepter de lui. Qu’on se le dise et qu’on se la ferme.

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dimanche, 09 septembre 2007

Irresponsable mais coupable

Toujours prompt à réagir, le Président de la République parle parfois un peu vite. Non que les mots aillent au-delà de sa pensée, non. Mais parfois dévoilent-ils une pensée que les citoyens ignorent.

Ainsi, dans le cas de l’agression pédophile contre Enis Kocakurt, cinq ans, Nicolas Sarkozy y est-il allé de l’artillerie lourde. Le voilà qu’il propose que les pédophiles purgent leur peine puis, à l’issue de celle-ci, soient enfermés en « hôpital-prison » pour y subir des soins. Nous avons là l’illustration parfaite de ce qu’est la prison pour Nicolas Sarkozy. C’est d’ailleurs l’un des points sur lesquels je ne serai jamais d’accord avec lui. La prison ne serait donc qu’une privation de liberté. Point. Rien d’autre. Mais quel est l’intérêt de cette conception ? Si un individu est enfermé, c’est qu’il est considéré comme dangereux pour la société. Si cet enfermement n’est pas accompagné d’une « sociabilisation », il ne sert à rien. L’individu libéré ne saura pas mieux se comporter dans la société. Pire, il aura passé quelques mois, quelques années, quelques décennies, dans un milieu où la loi du plus fort, la violence, le racket prédominent. Il se sera plié aux codes de la prison qui sont loin d’être ceux d’un Etat de droit. La prison doit être un apprentissage de la vie en société pour le détenu. Il faut lui apprendre les règles. Et il faut que celles-ci soient respectées dans l’enceinte même des prisons.

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Nicolas Sarkozy veut donc attendre la fin de la détention pour commencer à soigner les délinquants sexuels. Que de temps perdu, serait-on tenté de dire de prime abord. Mais il n’y a pas que cela. Cette mesure signifie qu’un individu ayant « purgé sa peine » ne sera pas libre pour autant. Un individu condamné à quinze ans de prison pourra ainsi passer trente ans entre quatre murs. Cela va à l’encontre des règles fondamentales du droit. Certes, cette proposition de Nicolas Sarkozy n’est pas celle qu’il privilégie. Le Président de la République l’a dit au père d’Enis, il serait plutôt favorable au rétablissement de la peine de mort. Mais pour cela, il faudrait, pour le moins, une révision constitutionnelle et une dénonciation des accords internationaux. Ouf…

Il faudra surveiller de près les mesures sarkoziennes en matière de justice. Je rappelle que le Chef de l’Etat souhaite également faire juger les criminels déclarés « irresponsables ». Je me pose d’ailleurs à ce sujet une question : cette mise en procès des « irresponsables » s’appliquera-t-elle également à l’« irresponsabilité juridique » du Président de la République ?

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