samedi, 24 octobre 2009
Les lâches et les hypocrites
Le Président de la République, en proposant sa réforme constitutionnelle du 23 juillet 2008, avait claironné à qui voulait l’entendre (à défaut de le croire) que son texte augmenterait les pouvoirs du Parlement. La preuve, l’ordre du jour en est désormais partagé. Davantage de textes d’origine parlementaire sont examinés. Il conviendrait cependant de définir le terme « d’origine » car, visiblement, dans la tête de nos gouvernants, il signifie simplement « déposé » par un parlementaire. Et l’on assiste en permanence à un déferlement de lâcheté et d’hypocrisie.
Ainsi, lorsqu’Eric Woerth – ministre du Budget – propose que les indemnités versées aux accidentés du travail soient désormais soumis à l’impôt sur le revenu, on s’attend à ce que cela soit inscrit dans le projet de loi de finances. Que nenni ! Cette mesure sera introduite dans le budget sous forme d’un amendement parlementaire. C'est-à-dire que l’on sait déjà, avant même que l’examen du texte ait commencé, qu’un député UMP va proposer la modification d’un projet de loi dont il n’a pas encore connaissance, pour aller dans le sens d’une proposition gouvernementale que le ministre qui l’a formulée n’a pas souhaité inscrire lui-même. Cela n’a aucun sens… Eh bien si, justement ! On se doute bien que cette mesure risque d’être assez impopulaire. Si d’aventure les Français décidaient de se réveiller et de se mobiliser pour préserver les quelques droits qui leur restent, le gouvernement pourrait toujours renoncer à cette taxation sans donner l’impression de faire machine arrière.

Autre exemple : Nicolas Sarkozy, lors de sa campagne présidentielle, avait proposé de mettre en place un « service civique ». C’est à Martin Hirsch qu’il a confié le soin de le créer. Oui, mais voilà… le Président exigeant en outre que l’on légiférât pour tout et n’importe quoi, dans l’urgence et la passion, le Parlement se retrouve avec un ordre du jour surchargé. Et comme cet ordre du jour est désormais « partagé » avec le Parlement lui-même, on se doute qu’il est bien difficile pour le gouvernement de faire examiner l’ensemble de sa production. Comment faire ? C’est très simple, il suffit de demander à un parlementaire de présenter le texte ministériel lors d’une séance consacrée aux propositions de lois (1). C’est pourquoi le service civique, préparé par le Haut-commissariat à la Jeunesse, sera soumis au vote du Parlement par le sénateur radical de gauche Yvon Collin. Il est d’ailleurs amusant de constater que Martin Hirsch continue de consulter en vue de la préparation du texte de loi et que ces auditions se déroulent en l’absence de son auteur officiel.
Enfin, on apprend aujourd’hui que le gouvernement va demander à l’Assemblée nationale d’annuler le vote d’un amendement augmentant de 10 % l’imposition des bénéfices bancaires, approuvé par 44 députés contre 40, malgré l’opposition farouche de Christine Lagarde. Deux députés se seraient trompés en votant… Tiens, tiens… Deux étourdis d’un coup. Et bizarrement, la correction de leurs votent permettrait de rejeter l’amendement dont le gouvernement ne veut pas.
Que les députés et sénateurs de la majorité acceptent – pour ce qui les concerne eux, personnellement – d’être des larbins, des sous-fifres, des valets, c’est leur problème. Mais qu’ils gardent bien en mémoire qu’ils sont des représentants du peuple et qu’à ce titre, en endossant la livrée, c’est à leurs électeurs qu’ils la font revêtir.
(1) Pour rappel, on parle de « projet » de loi quand le texte émane du gouvernement et de « proposition » de loi quand il est déposé par un parlementaire.
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mardi, 20 octobre 2009
Au nom du Père, du Fils et du Grand Paris
On parle beaucoup de Jean Sarkozy et de sa future présidence de l’EPAD (Etablissement Public d’Aménagement de La Défense). Je ne reviendrai pas sur tout ce qui a déjà été dit : népotisme, pseudo-élection par un Conseil d’administration à 78 % contrôlé par Sarko le Père, études limitées de Sarko le Fils…
Certes, les Français sont agacés mais il n’y a là rien de très étonnant. Ministre de l’Intérieur, il avait déjà exigé que l’on procédât à des tests ADN pour retrouver le voleur du scooter de Jeannot. Il avait également annoncé – après quelques mois d’absence du gouvernement – qu’il retournait à l’Intérieur avec pour mission principale de démasquer les méchants corbeaux de Clearstream. On se doutait donc bien que Sarko le Père ne s’encombrerait pas de cas de conscience sur l’utilisation du pouvoir au profit des siens.
En revanche, il y a quelque chose qui me frappe dans cette histoire : c’est la concordance des temps (que Sarko le Père manie très bien dès lors qu’il ne s’agit pas de grammaire). En effet, la candidature de Sarko le Fils à la tête de l’EPAD a été annoncée le 8 octobre. La veille, le 7 octobre, le gouvernement avait adopté en Conseil des ministres le projet de Grand Paris, présenté par Christian Blanc. Et force est de constater que les deux événements ont la même finalité : les Sarkozy Père et Fils tiendront bientôt, entre leurs mains, de très importantes prérogatives en matière de construction.
Ainsi, Sarko le Père contrôlera la Société du Grand Paris, décideur et maître d’ouvrage des aménagements de transports de l’Ile-de-France. Peu importe que le Conseil régional, à travers son schéma directeur, ait d’autres projets, la SGP pourra passer outre. Les terrains constructibles, la SGP pourra les préempter. Qui paiera ? Les collectivités locales. Décentralisation Acte II (décès).
Sarko le Fils, lui, aura la haute main sur les projets d’aménagement de La Défense, premier quartier d’affaires d’Europe, où se concentrent les sièges sociaux des plus grands groupes français et, par là même, arrosant financièrement le département dont Papa fut le patron et dont chacun sait qu’il appartiendra à Fifils en 2011.
Si Sarko le Père avait, parmi ses proches, un grand industriel du BTP (Martin Bouygues par exemple), on serait en droit de s’interroger sur les éventuelles conséquences financières de toute cette opération. Et si ledit industriel était propriétaire d’un grand groupe télévisuel (TF1 par exemple), on ne se poserait plus guère de question sur les futures retombées médiatiques de l’ensemble. On dirait juste : « Très fort, le mec. » Mais on n’en serait pas moins écœuré.
PS : Rien à voir. Mais mon amie Christine vient de suspendre son blog RS21. Outre la peine que cela me procure, je tiens à lui rappeler qu’elle pourra toujours, quand elle le voudra, venir travailler dans ces colonnes.
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| Tags : sarkozy, nicolas, jean, christian blanc, grand paris, epad |
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mercredi, 23 septembre 2009
Bras cassés
Ca y est ! Le gouvernement s’attaque enfin au terrible fléau des accidents du travail ! En 2008, selon les chiffres de l’Assurance maladie, 703 376 accidents se sont produits, soit près de 1 922 par jour, dimanches et jours fériés compris. Cela représente près de 4 salariés sur 100. 569 personnes y ont perdu la vie, soit près de 11 par semaine, et 44 037 autres souffrent d’une invalidité permanente. Il était donc urgent d’intervenir.
Mais bien sûr, nous sommes sous Nicolas Sarkozy. Le gouvernement est dirigé par François Fillon et Eric Woerth tient les cordons de la bourse. Il ne s’agit donc pas d’aller contraindre les patrons à prendre des mesures de sécurité supplémentaire, ni d’étendre les CHSCT aux entreprises de moins de 50 salariés. Le gouvernement vient tout simplement d’annoncer que les « indemnités journalières » seraient désormais fiscalisées. Les travailleurs qui ont subi un accident du travail devront payer des impôts dessus.
« Il est assez naturel », a indiqué Eric Woerth, « de fiscaliser de la même manière que les revenus du travail le revenu qui remplace le revenu ». Il s’agit, pour lui, d’une « mesure de justice qui permet de mettre en avant le travail ». Ecœurant ! Vomitif ! Car cela signifie simplement que dans l’esprit du gouvernement ces indemnités relèvent de l’assistanat. « Mettre en avant le travail », cela veut dire qu’il faut valoriser ceux qui bossent par rapport à ceux qui n’en foutent pas une rame. On a souvent entendu le même discours à propos des minima sociaux.
Or, qui cette mesure concerne-t-elle ? Les pauvres ! Précisément ceux qu’on ne peut pas – moralement en tout cas – ponctionner davantage. Ceux qui, une fois payés les impôts, le loyer, les frais médicaux de moins en moins remboursés, se demandent comment ils vont bouffer. Selon les mêmes statistiques de l’Assurance maladie pour 2008, 5,87 % des accidents du travail concernent les cadres et agents de maîtrise, 24,07 % les employés et 64,27 % les ouvriers (qualifiés ou non). Et les indemnités journalières – rappelons-le à Monsieur Woerth – ne représentent que 80 % du montant du salaire.
Selon Jean-François Copé, Président du groupe UMP à l’Assemblée nationale qui déposera un amendement en ce sens lors de la discussion du budget 2010, la mesure devrait rapporter à l’Etat 150 millions d’euros. Cela peut sembler énorme à qui gagne le SMIC. Mais, à titre de comparaison, cela représente l’enveloppe que le gouvernement souhaite consacrer à la rénovation des stades pour le cas où la France organiserait l’Euro 2016.
Et une atteinte de plus aux droits des travailleurs ! On va finir par croire que c’est fait exprès !
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| Tags : gouvernement, woerth, fiscalisation, accidents du travail |
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jeudi, 20 août 2009
Au trou !
C'est terrible ! On ne peut plus partir en vacances tranquille. Quelques semaines de repos et qu'est-ce que j'apprends ? Qu'Olivier Bonnet, dont je vous avais déjà parlé en octobre 2008 dans mon billet Autocensure, vient d'être renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris pour "injures publiques envers un fonctionnaire public". Sa faute ? S'être simplement interrogé sur l'indépendance vis-à-vis de la Chancellerie d'un magistrat toulousain passible de sanctions de la part de cette même Chancellerie - ledit magistrat ayant été mis en cause dans un rapport signé par l'un de ses confrères. Mais qu'est-ce que c'est que ce pays dans lequel on ne peut même plus se poser de question ? Ainsi il faudrait tout accepter, tout gober, pour ne pas être inquiété ? Il sera très intéressant de connaître le résultat de ce procès et d'en lire les attendus. Mais pour l'heure, qu'un tribunal ait estimé "qu'il résulte de l'information charges suffisantes" (sic!) pour trainer Olivier Bonnet en correctionnelle est déjà, en soi, inquiétant.
Si vous souhaitez soutenir Olivier Bonnet comme je l'ai fait moi-même, vous pouvez aller signer sa pétition sur son site.
Courage, Olivier !
17:01 Publié dans Information | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
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mercredi, 01 juillet 2009
Tel est mon bon plaisir...
Le site internet de TF1 signale – vidéo à l’appui – que Nicolas Sarkozy, lors d’une conférence sur La Défense à l'heure du grand Paris, a déclaré :
"Est-ce qu'il est normal que le dimanche, quand Mme Obama veut avec ses filles visiter les magasins parisiens, je dois passer un coup de téléphone pour les faire ouvrir ?"
Je ne m’attarderai pas sur les problèmes de concordance des temps, même s’il est très agaçant de constater, à chaque intervention du Chef de l’Etat, que celui-ci est incapable d’avoir une grammaire correcte.
Ce qui me semble davantage inquiétant, c’est qu’il reconnait, tout simplement, comme une évidence, qu’il a passé un coup de téléphone pour violer la loi. En effet, l’ouverture de magasins le dimanche est soumise à une autorisation préfectorale, laquelle nécessite l’avis de la commune concernée, de la Chambre de commerce et d’industrie, ainsi que des partenaires sociaux. Par ailleurs, l’autorisation préfectorale ne doit pas entraver la libre-concurrence. Ainsi, une enseigne voisine de la boutique dans laquelle Madame et Mesdemoiselles Obama se sont rendues pourrait s’estimer lésée. Enfin, une ouverture dominicale est conditionnée au volontariat des employés du magasin concerné. Je serais très surpris d’apprendre qu’après le coup de téléphone du Chef de l’Etat français, le patron de la boutique ait pris le temps de demander leur avis à ses salariés.
Mais avec Sarkozy, le Code du Travail n'en est plus à une violation près...
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| Tags : sarkozy, obama, magasins, dimanche, téléphone |
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mercredi, 24 juin 2009
Remaniement
Claude GUEANT, Secrétaire général de l’Elysée à donc annoncé, dès mardi soir, la composition du nouveau gouvernement, à savoir :
M. Jean-Louis BORLOO : ministre d’Etat, ministre de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat ;
Mme Michèle ALLIOT-MARIE : ministre d’Etat garde des sceaux, ministre de la justice et des libertés ;
M. Brice HORTEFEUX : ministre de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales ;
M. Xavier DARCOS : ministre du travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité ;
M. Eric WOERTH : ministre du budget, des comptes publics, de la fonction publique et de la réforme de l’Etat ;
M. Luc CHATEL : ministre de l’éducation nationale, porte-parole du Gouvernement ;
M. Bruno LE MAIRE : ministre de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche ;
M. Frédéric MITTERRAND : ministre de la culture et de la communication ;
M. Michel MERCIER : ministre de l’espace rural et de l’aménagement du territoire ;
M. Henri de RAINCOURT : ministre auprès du Premier ministre, chargé des relations avec le Parlement ;
M. Christian ESTROSI : ministre auprès de la ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi, chargé de l’industrie ;
Mme Valérie LETARD : secrétaire d’Etat auprès du ministre d’Etat, ministre de l’écologie et du développement durable ;
M. Jean-Marie BOCKEL : secrétaire d’Etat auprès du ministre de la justice et des libertés ;
M. Hervé NOVELLI : secrétaire d’Etat chargé du commerce, de l’artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme, des services et de la consommation, auprès de la ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi ;
Mme Rama YADE : secrétaire d’Etat chargée des sports, auprès de la ministre de la santé et des sports ;
M. Hubert FALCO : secrétaire d’Etat à la défense et aux anciens combattants, auprès du ministre de la défense ;
Mme Nadine MORANO : secrétaire d’Etat chargée de la famille et de la solidarité, auprès du ministre du ministre du travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité ;
M. Pierre LELLOUCHE : secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes, auprès du ministre des affaires étrangères et européennes ;
Mme Nora BERRA : secrétaire d’Etat chargée des aînés, auprès du ministre du travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité ;
M. Benoist APPARU : secrétaire d’Etat, chargé du logement et de l’urbanisme, auprès du ministre d’Etat, ministre de l’écologie et du développement durable ;
Mme Marie-Luce PENCHARD : secrétaire d’Etat chargée de l’outre-mer, auprès du ministre de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales.
M. Christian BLANC : secrétaire d’Etat chargé du développement de la région capitale auprès du Premier ministre.
Claude GUEANT a également annoncé la confirmation dans leurs fonctions de :
M. Bernard KOUCHNER : ministre des affaires étrangères et européennes
Mme Christine LAGARDE : ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi
M. Patrick DEVEDJIAN : ministre auprès du Premier ministre chargé de la mise en œuvre du plan de relance
Mme Valérie PECRESSE : ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche
M. Hervé MORIN : ministre de la défense
Mme Roselyne BACHELOT-NARQUIN : ministre de la santé et des sports
M. Eric BESSON : ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire
M. Laurent WAUQUIEZ : secrétaire d’Etat chargé de l’emploi auprès de la ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi
Mme Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET : secrétaire d’Etat chargée de la prospective et du développement de l’économie numérique auprès du Premier ministre
M. Dominique BUSSEREAU : secrétaire d’Etat chargé des transports auprès du ministre d’Etat, ministre de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer
Mme Fadela AMARA : secrétaire d'Etat chargée de la politique de la ville, auprès du ministre du travail, des relations sociales, de la famille, et de la solidarité
M. Alain MARLEIX : secrétaire d'Etat à l'intérieur et aux collectivités territoriales, auprès de la ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales
Mme Anne-Marie IDRAC : secrétaire d'Etat chargée du commerce extérieur, auprès de la ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi
M. Alain JOYANDET : secrétaire d'Etat chargé de la coopération et de la francophonie, auprès du ministre des affaires étrangères et européennes
Mme Chantal JOUANNO : secrétaire d'Etat chargée de l'écologie, auprès du ministre d'Etat, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer
M. Martin HIRSCH : haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, haut commissaire à la jeunesse
En termes de statistiques :
On notera donc le départ de 8 membres du gouvernement (Christine ALBANEL, Michel BARNIER, Christine BOUTIN, Rachida DATI, Yves JEGO, Roger KAROUTCHI, Bernard LAPORTE et André SANTINI) tandis que 8 nouvelles personnalités font leur entrée (Benoist APPARU, Nora BERRA, Christian ESTROSI, Pierre LELLOUCHE, Michel MERCIER, Frédéric MITTERRAND, Marie-Luce PENCHARD et Henri de RAINCOURT).
Nicolas SARKOZY s'était engagé à limiter à 15 le nombre de ministres, ils sont donc désormais 18 (soit 20% de plus qu'annoncé).
Le Chef de l'Etat français avait fait savoir qu'il comptait bien avoir un gouvernement paritaire : celui-ci compte 25 hommes pour 13 femmes (soit pratiquement deux fois moins), sans compter le Premier ministre.
Enfin, le Président de la République avait indiqué que tous les ministres élus au Parlement européen siégeraient. Si Michel BARNIER et Rachida DATI ont bien quitté leurs fonctions ministérielles, on constate que Brice HORTEFEUX reste au gouvernement et que Nora BERRA, élue sur la liste UMP du Sud-Est, y fait son entrée.
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mardi, 23 juin 2009
Tout ça pour ça…
Eh bah… Ca valait le coup ! La réforme de la Constitution voulue expressément par le Chef de l’Etat français pour lui permettre de s’exprimer devant le Parlement réuni en Congrès était supposée créer un « dialogue » absolument indispensable à la démocratie. On allait voir ce qu’on allait voir. Et on a vu. Qu’a-t-on vu ? Euh… Bah… Hmmpff…
Pendant 45 minutes, Nicolas Sarkozy a débité toute une série de « bonnes intentions » sans rien annoncer de concret, si ce n’est la souscription d’un emprunt national. Un endettement supplémentaire pour combler la dette. Bien vu. Où va-t-il chercher tout ça ? Dans les inepties idées avancées par Bernard Accoyer (cf. mon billet ...ça ose tout, du 13 octobre 2008).
Que peut-on retirer d’autre de ce discours ? Le gouvernement va être remanié demain, mais ça, on le savait. La France va investir dans 125.733 priorités. Bon ! Il faut dire qu’avec tout l’argent que va rapporter l’emprunt, il y aura de quoi faire. La réforme des retraites sera engagée en 2010. Ah, bon ? Je croyais que François Fillon avait tout réglé en 2003. M’enfin bon, il faut bien faire passer la « retraite à 67 ans »… Quoi d’autre ? Ah, si… Il ne faut pas que les Français s’attendent à tirer le moindre bénéfice de la sortie de crise. Sarkozy l’a dit, il n’y aura pas de partage des fruits de la croissance. Tout ira au remboursement de la dette. On ne s’attendait pas à autre chose de sa part, mais au moins c’est dit !
Non, non… J’ai beau chercher, ce long monologue de trois quarts d’heure ne nous a pas appris grand-chose. Même Denis Jeambar, pourtant peu soupçonnable de collusion avec l’ultra-gauche, estimait que ce discours n’avait pas mobilisé les troupes, même celles de droite. Même Jean-Louis Borloo estimait qu’il s’agissait d’un « discours de diagnostic ». C'est-à-dire, « pas un discours de prospective ».
Même le Chef de l’Etat français semblait mal à l’aise. Il suait à grosses gouttes, s’essuyait le front toutes les trente secondes d’un très élégant revers de l’index. Il avait les yeux rivés sur son discours, comme ma scrabbleuse de grand-mère quand elle cherche une définition dans le dictionnaire.
Quand je pense que certains osent dire que Sarkozy, c’est beaucoup de bruit pour rien…
PS : Je me suis quand même bien amusé, après le départ de Sarko, à écouter les interventions des parlementaires à la tribune. Sur six intervenants, trois sont candidats déclarés à un portefeuille ministériel (François Sauvadet, Michel Mercier, Henri de Raincourt). Il fallait les voir cirer les talonnettes du Président. C’était risible. Notamment quand François Sauvadet a voulu fustiger l’indignité du Parti socialiste pour sa décision de quitter l’hémicycle. Un mouvement de caméra idoine a montré que les travées étaient désertes, tout autant à droite qu’à gauche. J’en ai même fait une copie d’écran pour vous.
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| Tags : réforme, constitution, sarkozy, emprunt national, gouvernement, retraite, discours |
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vendredi, 20 mars 2009
Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre
« La perturbation rend sourd », disait Coluche. Le gouvernement en fait aujourd’hui la preuve incontestable.
Toute la presse souligne le succès de la mobilisation du 19 mars :
- « Journée de mobilisation sociale plus importante que le 29 janvier » (Le Point)
- « Au lendemain d'une mobilisation record, les syndicats se prononcent sur la suite » (AFP)
- « Grève : mobilisation record, Fillon inflexible » (La Tribune)
- « Mobilisation : les syndicats réussissent leur pari » (Les Echos)
- « Grève : une mobilisation plus forte qu'en janvier » (Le Parisien)
- « Le succès des manifestations met la pression sur le pouvoir » (Libération)
- « Entre 1,2 et 3 millions de manifestants: les syndicats réussissent leur pari » (L’Express)
Cependant, le pouvoir semble décidément ne lire que Le Figaro, qui souligne que la journée d’action a mobilisé « Moins de grévistes et plus de manifestants ». Raymond Soubie, Conseiller de Nicolas Sarkozy, estime, en effet, sur RTL, que « les taux de grève sont en diminution de quatre/cinq points dans le secteur public » tandis que le nombre de manifestants est « assez semblable à celui du 29 janvier ». Ce qui lui fait dire que « la journée de grève n'a pas franchi d'étape ».
Brice Hortefeux, ministre des Affaires sociales, a quant à lui déclaré, toujours, sur RTL « que le nombre de manifestants est sensiblement le même que lors du 29 janvier et qu'en revanche le nombre de grévistes est nettement moins important ».

On notera le déséquilibre des termes employés : les grévistes « nettement » moins nombreux alors que le nombre de manifestants est « sensiblement » identique. Or, les chiffres disent précisément le contraire.
La police annonce 1,2 million de personnes dans la rue (contre 1 million le 29 janvier) et la CGT 3 millions (contre 2,5). Soit, et notons que pour une fois les deux sources sont d’accord, une augmentation de 20 % du nombre de manifestants. Admettons que pour une mobilisation « sensiblement » équivalente, c’est une belle stagnation. Je suis sûr que Christine Lagarde aimerait avoir un PIB aussi stable. Quant aux chiffres de grévistes du secteur public (les seuls qui donnent lieu à une comptabilisation globale), ils sont passés de 25,2 % en janvier à 21 % en mars. Soit une diminution de 16,5 %.
Ainsi, 16,5 % est un pourcentage énorme, monstrueux, pour le moins significatif, alors que 20 % ne représente pas grand-chose, une paille, un détail. Pas étonnant qu’avec une telle lecture des chiffres, le gouvernement n’arrive pas à sortir de la crise.
Et puis, un peu cyniquement sans doute, reconnaissons que réaliser un taux de croissance de 20 % avec 16,5 % de salariés en moins, plus d’une entreprise du CAC 40 en rêverait.
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| Tags : manifestations, grève, 29 mars, soubie, hortefeux, chiffres, mobilisation |
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mardi, 17 février 2009
OTAN pour moi...
Nicolas SARKOZY aurait-il un ego démesuré ? J’ai peine à y croire. Pourtant, un article du magazine allemand Der Spiegel, repris par les sites internet du Nouvel observateur et du Figaro (entre autres), rapporte que ô-notre-Président-de-la-République-bien-aimé-nous-voilà, aurait eu une petite exigence de starlette au sujet de la place qu’il occupera lors de SON sommet de l’OTAN, celui qui se tiendra à Strasbourg (sous l’égide de la France et de l’Allemagne) et qui doit acter, à la fois, le retour de la France dans le commandement intégré et la rupture définitive de la droite française avec le gaullisme.
Nicolas SARKOZY aurait en effet exigé que l’on l’installât à côté du Secrétaire général de l’OTAN. Or, le protocole prévoit que « les Ambassadeurs siègent autour de la table du Conseil suivant le nom de leur pays, dans l'ordre alphabétique anglais. » Il est bien évidemment hors de question que le Chef de l’Etat français soit coincé entre l’Estonie (trop petit) et l’Allemagne (trop grand). D’autant que toute la presse n’aura d’yeux que pour Barack OBAMA, qui participera alors à son premier sommet international.

Toutefois, dès que les journalistes auront quitté la salle de réunion, chacun reprendra sa place protocolaire, et Nicolas devra se contenter de la compagnie de Toomas Hendrik ILVES (Président estonien). Peu importe, ce stratagème sera une talonnette de plus, un artifice pour grandir a minima celui qui n’est pas à la hauteur.
Décidément, le gaullisme sera bel et bien enterré, ce 3 avril, à Strasbourg.
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vendredi, 09 janvier 2009
Lettre ouverte de Philippe Meirieu à Xavier Darcos
Le célèbre pédagogue Philippe Meirieu a adressé, le 27 décembre dernier, une lettre ouverte au Ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos. Je ne peux pas la reprendre dans son intégralité du fait de sa longueur mais je souhaitais en publier ici quelques extraits qui me plaisent beaucoup. Le texte intégral est consultable sur le site internet de Philippe Meirieu.
---
Lettre ouverte à Xavier Darcos, Ministre de l'Education nationale
Monsieur le Ministre,
J’ai déjà dit, à plusieurs reprises, à quel point j’estimais le professeur, l’humaniste, le lettré et le grand connaisseur de l’Éducation nationale que vous êtes. Pour autant, je n’ai jamais caché mes profonds désaccords avec vous. (…) Aujourd’hui, Monsieur le Ministre, je suis vraiment très inquiet. (…)
Tout a été dit, depuis plusieurs mois, sur les dangers que faisaient courir à notre système éducatif les réductions budgétaires et les suppressions de postes déjà effectuées ou à venir. (…) Vous êtes membre d’un gouvernement qui fait de la réduction de la fonction publique une de ses priorités. À ce titre, vous participez d’une politique qui est, à mes yeux, infiniment dangereuse.
Cette politique est dangereuse, parce qu’elle sacrifie l’avenir de notre pays à des équilibres financiers à court terme (…).
Elle est dangereuse aussi, parce qu’elle ne calcule jamais les coûts sociaux, à moyen et long termes, de ses choix. (…) En matière scolaire, nous aurons le même effondrement [que dans le domaine économique] en utilisant les mêmes principes et en mettant en œuvre des mesures du même type : suppression de la carte scolaire, pilotage par les résultats, rémunération au mérite, etc.
Oubliée, ou presque, l’éducation prioritaire qui impose un travail d’accompagnement pédagogique minutieux des écoles et établissements « difficiles » (…), les initiatives artistiques et culturelles en direction des élèves les plus défavorisés (…), les mouvements pédagogiques et d’Éducation populaire qui permettent aux enseignants de trouver des appuis et de solliciter des complémentarités… La politique que vous menez (…) contribue au développement des ghettos… D’un côté, de bons établissements qui recrutent de bons élèves et se prévalent de bons résultats pour obtenir de nouveaux crédits. De l’autre les laissés-pour-compte. (…) La fracture scolaire ne se résorbe pas, (…) elle continue de s’accroître.
(…) Au lieu de travailler à mobiliser tous les élèves sur les savoirs, on se résigne petit à petit au darwinisme scolaire systématique : les déversoirs sont là pour récupérer les inadaptés ! (…)
À terme, c’est toute l’institution scolaire qui risque de se réduire comme une peau de chagrin, avec l’habillage traditionnel du « retour aux fondamentaux » ! (…)
Dans un système où le libéralisme et la technocratie s’associent de plus en plus pour permettre le développement des stratégies individuelles de « réussite », les enseignants sont réduits à des dépisteurs, à des orientateurs, voire à des douaniers… eux qui ont la vocation de « passeurs » chevillée au corps. (…)
Vous avez désigné des boucs émissaires, quand il aurait fallu impulser un sursaut éducatif à la Nation tout entière. (…) Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que les nouveaux « hussards » se rebellent ! Il faut absolument les entendre. Au plus vite. (…)
Des hommes et des femmes qui avaient l’ambition de participer à un projet national fort se sentent réduits progressivement à un ensemble de prestataires de service plus ou moins arrosés d’heures supplémentaires et de primes diverses. À cet égard, votre décision de supprimer les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres (…) est une catastrophe. (…) Rien ne serait plus grave pour notre avenir collectif que de laisser croire à l’opinion publique que le métier d’enseignant est, avec celui de mage, le seul qui ne nécessite ni techniques maîtrisées, ni projet construit dans la durée et inscrit dans une réflexivité collective. Professionnellement et symboliquement, une démocratie qui dénie à ses professeurs leur identité de « transmetteurs-émancipateurs » est gravement menacée. 
Mais je sais que tout cela compte assez peu aujourd’hui au regard de votre « abandon » de la réforme du lycée, particulièrement médiatisé en raison des risques politiques toujours très élevés dès lors que les lycéens descendent dans la rue. Je partage assez largement l’analyse que vous avez faite pour engager cette réforme. (…) Mais vous avez mené les travaux préparatoires de cette réforme au pas de charge, sans véritable explication ni concertation. (…) La réforme, la vraie, impose qu’on change radicalement de méthodologie, qu’on renonce à piloter en surfant sur de fragiles équilibres jusqu’à ce que tout l’édifice tout entier s’écroule.
(…) Il faut identifier ce que pourrait être un « socle commun » de l'éducation républicaine... et non simplement, comme nous l'avons aujourd'hui, un « socle commun » de l'enseignement minimal. Y êtes-vous prêt Monsieur le Ministre ?
(…) Nous tenons l’un et l’autre à sauvegarder l’héritage républicain de l’Éducation nationale. Et nous savons que, pour le sauvegarder, il faut le transformer. Mais pas le démanteler ! (…) Il faut vraiment et radicalement changer de politique… Pas pour cultiver l’immobilisme, mais parce que les défis éducatifs d’aujourd’hui requièrent une mobilisation collective sans précédent. Et pour que nos enfants soient vraiment instruits et formés, démocratiquement, à participer à une société démocratique.
18:11 Publié dans Information | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : meirieu, darcos, education, lettre ouverte, réforme, élèves, enseignants |
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