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samedi, 24 octobre 2009

Les lâches et les hypocrites

Le Président de la République, en proposant sa réforme constitutionnelle du 23 juillet 2008, avait claironné à qui voulait l’entendre (à défaut de le croire) que son texte augmenterait les pouvoirs du Parlement. La preuve, l’ordre du jour en est désormais partagé. Davantage de textes d’origine parlementaire sont examinés. Il conviendrait cependant de définir le terme « d’origine » car, visiblement, dans la tête de nos gouvernants, il signifie simplement « déposé » par un parlementaire. Et l’on assiste en permanence à un déferlement de lâcheté et d’hypocrisie.

Ainsi, lorsqu’Eric Woerth – ministre du Budget – propose que les indemnités versées aux accidentés du travail soient désormais soumis à l’impôt sur le revenu, on s’attend à ce que cela soit inscrit dans le projet de loi de finances. Que nenni ! Cette mesure sera introduite dans le budget sous forme d’un amendement parlementaire. C'est-à-dire que l’on sait déjà, avant même que l’examen du texte ait commencé, qu’un député UMP va proposer la modification d’un projet de loi dont il n’a pas encore connaissance, pour aller dans le sens d’une proposition gouvernementale que le ministre qui l’a formulée n’a pas souhaité inscrire lui-même. Cela n’a aucun sens… Eh bien si, justement ! On se doute bien que cette mesure risque d’être assez impopulaire. Si d’aventure les Français décidaient de se réveiller et de se mobiliser pour préserver les quelques droits qui leur restent, le gouvernement pourrait toujours renoncer à cette taxation sans donner l’impression de faire machine arrière.

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Autre exemple : Nicolas Sarkozy, lors de sa campagne présidentielle, avait proposé de mettre en place un « service civique ». C’est à Martin Hirsch qu’il a confié le soin de le créer. Oui, mais voilà… le Président exigeant en outre que l’on légiférât pour tout et n’importe quoi, dans l’urgence et la passion, le Parlement se retrouve avec un ordre du jour surchargé. Et comme cet ordre du jour est désormais « partagé » avec le Parlement lui-même, on se doute qu’il est bien difficile pour le gouvernement de faire examiner l’ensemble de sa production. Comment faire ? C’est très simple, il suffit de demander à un parlementaire de présenter le texte ministériel lors d’une séance consacrée aux propositions de lois (1). C’est pourquoi le service civique, préparé par le Haut-commissariat à la Jeunesse, sera soumis au vote du Parlement par le sénateur radical de gauche Yvon Collin. Il est d’ailleurs amusant de constater que Martin Hirsch continue de consulter en vue de la préparation du texte de loi et que ces auditions se déroulent en l’absence de son auteur officiel.

Enfin, on apprend aujourd’hui que le gouvernement va demander à l’Assemblée nationale d’annuler le vote d’un amendement augmentant de 10 % l’imposition des bénéfices bancaires, approuvé par 44 députés contre 40, malgré l’opposition farouche de Christine Lagarde. Deux députés se seraient trompés en votant… Tiens, tiens… Deux étourdis d’un coup. Et bizarrement, la correction de leurs votent permettrait de rejeter l’amendement dont le gouvernement ne veut pas.

Que les députés et sénateurs de la majorité acceptent – pour ce qui les concerne eux, personnellement – d’être des larbins, des sous-fifres, des valets, c’est leur problème. Mais qu’ils gardent bien en mémoire qu’ils sont des représentants du peuple et qu’à ce titre, en endossant la livrée, c’est à leurs électeurs qu’ils la font revêtir.

 

(1) Pour rappel, on parle de « projet » de loi quand le texte émane du gouvernement et de « proposition » de loi quand il est déposé par un parlementaire. 

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mardi, 20 octobre 2009

Au nom du Père, du Fils et du Grand Paris

On parle beaucoup de Jean Sarkozy et de sa future présidence de l’EPAD (Etablissement Public d’Aménagement de La Défense). Je ne reviendrai pas sur tout ce qui a déjà été dit : népotisme, pseudo-élection par un Conseil d’administration à 78 % contrôlé par Sarko le Père, études limitées de Sarko le Fils…

Certes, les Français sont agacés mais il n’y a là rien de très étonnant. Ministre de l’Intérieur, il avait déjà exigé que l’on procédât à des tests ADN pour retrouver le voleur du scooter de Jeannot. Il avait également annoncé – après quelques mois d’absence du gouvernement – qu’il retournait à l’Intérieur avec pour mission principale de démasquer les méchants corbeaux de Clearstream. On se doutait donc bien que Sarko le Père ne s’encombrerait pas de cas de conscience sur l’utilisation du pouvoir au profit des siens.

En revanche, il y a quelque chose qui me frappe dans cette histoire : c’est la concordance des temps (que Sarko le Père manie très bien dès lors qu’il ne s’agit pas de grammaire). En effet, la candidature de Sarko le Fils à la tête de l’EPAD a été annoncée le 8 octobre. La veille, le 7 octobre, le gouvernement avait adopté en Conseil des ministres le projet de Grand Paris, présenté par Christian Blanc. Et force est de constater que les deux événements ont la même finalité : les Sarkozy Père et Fils tiendront bientôt, entre leurs mains, de très importantes prérogatives en matière de construction.

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Ainsi, Sarko le Père contrôlera la Société du Grand Paris, décideur et maître d’ouvrage des aménagements de transports de l’Ile-de-France. Peu importe que le Conseil régional, à travers son schéma directeur, ait d’autres projets, la SGP pourra passer outre. Les terrains constructibles, la SGP pourra les préempter. Qui paiera ? Les collectivités locales. Décentralisation Acte II (décès).

Sarko le Fils, lui, aura la haute main sur les projets d’aménagement de La Défense, premier quartier d’affaires d’Europe, où se concentrent les sièges sociaux des plus grands groupes français et, par là même, arrosant financièrement le département dont Papa fut le patron et dont chacun sait qu’il appartiendra à Fifils en 2011.

Si Sarko le Père avait, parmi ses proches, un grand industriel du BTP (Martin Bouygues par exemple), on serait en droit de s’interroger sur les éventuelles conséquences financières de toute cette opération. Et si ledit industriel était propriétaire d’un grand groupe télévisuel (TF1 par exemple), on ne se poserait plus guère de question sur les futures retombées médiatiques de l’ensemble. On dirait juste : « Très fort, le mec. » Mais on n’en serait pas moins écœuré.

 

PS : Rien à voir. Mais mon amie Christine vient de suspendre son blog RS21. Outre la peine que cela me procure, je tiens à lui rappeler qu’elle pourra toujours, quand elle le voudra, venir travailler dans ces colonnes.