jeudi, 02 décembre 2010

Un Merdier Phénoménal

L'AFP a annoncé mercredi que d'après "l'entourage de François Fillon", des "ajustements sont encore possibles au gouvernement pour répondre à certains manques".
Donc, tout d'abord on nous fait poireauter pendant huit mois en annonçant un large remaniement.
Ensuite, on nous annonce à 99 % un nouveau Premier ministre et finalement on garde le vieux.
On nous fait miroiter un gouvernement resserré et on se retrouve avec 30 portefeuilles (certes contre 37 dans l'équipe précédente, mais contre 29 dans celle de De Villepin, 26 dans celle de Jospin, 22 dans celle de Balladur).
Puis on supprime l'ouverture (symbole de la rupture Sarkozyste) pour se concentrer sur les vieux RPR de Chirac (Alain Juppé... ça c'est de la Révolution, comme dit Lagarde).
Enfin, on nous annonce qu'en huit mois on n'a pas eu le temps de réfléchir à une équipe complète, qu'on va rajouter quelques postes histoire de réduire la réduction, et qu'on va faire entrer des centristes pour compenser la droitisation du gouvernement.
Mais pourquoi les Français ont-ils donc l'impression d'être gouvernés par des branquignoles ?

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jeudi, 28 octobre 2010

Les copains d'abord

En France, s’il est un ascenseur qui fonctionne, ce n’est pas le social. Non, ça non ! C’est plutôt celui que le Président de la République renvoie à chaque fournée de nominations.
Hier, hormis la promotion d’Arno Klarsfeld – le médiatique Avocat à la Cour – au Conseil d’Etat, le Conseil des ministres a validé la liste des 40 membres du CESE (Conseil économique, social et environnemental) désignés au titre de « personnalité qualifiée ».
On s’attendrait donc à voir apparaître dans cette liste l’élite de notre pays, ceux qui sont « qualifiés » pour réfléchir à ces questions, des experts dans le domaine de l’économie, de la culture, de la solidarité, de la protection de l’environnement… Quand les élus doivent prendre en compte les questions politiques, le CESE, lui, doit pouvoir émettre des avis techniques. Mais force est de constater que la plupart des noms retenus l’ont été sur des critères quelque peu flous.
Les mauvais esprits pourraient, par exemple, y voir un lot de consolation :
Christian Corne, par exemple, est conseiller général de l’Allier et maire adjoint de Vichy. Vichy, rappelons-le, est la ville où, faute de pouvoir se faire élire à Clermont-Ferrand, Brice Hortefeux envisage de se présenter en 2014. Alors, un petit lot de consolation pour ce fidèle de Claude Malhuret qui aurait pu rêver prendre la suite ? Et qu’en est-il pour Danièle Dussaussois, conseillère générale des Hauts-de-Seine (département que l’on ne présente plus) et qui vient d’abandonner son douillet canton de Levallois-Sud (60,48 % au premier tour) pour permettre à Isabelle Balkany de se mettre davantage à l’abri que dans son canton actuel de Levallois-Nord (50,62% au second tour) ? Quid d’Hervé Marseille qui, on s’en souvient, avait démissionné du Conseil d’administration de l’EPAD pour permettre à Jean Sarkozy d’y entrer ? Et d’Hugues Martin, qui avait gentiment laissé ses mandats de député et de maire de Bordeaux à Alain Juppé lorsque celui-ci fut de nouveau éligible ? Et de Jean-Marie Geveaux, député de la Sarthe – fief du Premier ministre –, qui quitte opportunément le Palais Bourbon (incompatibilité des fonctions oblige) à l’heure où François Fillon s’apprête à devoir recouvrer un siège de parlementaire ?
Et puis, il y a aussi ceux qu’il faut recaser – battus aux élections ou démissionnés du cabinet du Président de la République – comme Yves Urieta, ancien maire socialiste de Pau, passé avec armes et bagages (mais sans électeur) à la Sarkozie, ou Ange Santini, ancien Président du Conseil exécutif de Corse, battu cette année par Paul Giaccobbi – mais qui, malgré tout, conserve la mairie de Calvi –, Raymond Soubie, jusqu’ici conseiller social de Nicolas Sarkozy (avec le succès que l'on sait, le chef de l'Etat est un pro du social !), ou encore Pierre Charon, grand organisateur des chasses présidentielles.
Et puis, il y a les désoeuvrés, ceux qui ne savent pas quoi faire de leurs journées, comme Annick du Roscoat, qui n’est – la pauvre – que conseillère municipale de Nantes, conseillère générale de Loire-Atlantique et conseillère régionale des Pays-de-la-Loire. De droite, bien sûr.
Et toutes ces personnalités là sont évidemment « qualifiées ». Ainsi Claire Gibault, cheffe d’orchestre, ancienne députée européenne, conseillère d’arrondissement Nouveau Centre à Paris, engagée lors de son mandat à Bruxelles sur les questions de Droit des Femmes, ou encore Raymond-François Le Bris, ancien haut fonctionnaire et directeur de l’ENA, spécialisé dans la fonction publique, sont nommés « en raison de leur compétence en matière d’environnement et de développement durable ».
Mais bon, il faut bien avoir une activité en attendant la retraite…

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dimanche, 17 octobre 2010

La sélection par les maths...

Pas beaucoup de temps pour écrire en ce moment, mais là je prends trente secondes, histoire de parler chiffres.

Hier, de nombreuses manifestations dans le pays. A Paris, les syndicats annoncent 310 000 manifestants, la police... 20 000 soit, dixit le communiqué du ministère de l'Intérieur, 30 000 de moins que le 2 octobre. Donc, si mes calculs sont justes, une présence de 50 000 personnes le 2 octobre et une participation, le 16, en baisse de 60 %. Mais les journalistes présents, à qui l'on demandait si la mobilisation était inférieure ou supérieure, répondaient : "On ne peut pas trop le dire, il faudrait un comptage scientifique pour l'estimer...". Pourtant, a priori, lorsqu'un cortège est réduit de 60 %, cela devrait pouvoir se constater à vue d'oeil, sans analyse scientifique.

Les flics parisiens se sont donc ravisés. Ils ont annoncé, dans l'après-midi, 50 000 manifestants, soit 13 000 de moins que le 2 octobre. Tiens donc ? Pourtant, quelques heures plus tôt, les mêmes sources indiquaient une participation de 50 000 personnes le 2 octobre. Donc 50 000 le 2 et 50 000 le 16, cela devrait amener à un commentaire du genre : mobilisation équivalente. Non contents de corriger leur chiffre du jour en l'augmentant de 150 %, les flics en ont donc également profité pour réviser à la hausse leurs chiffres de la manifestation précédente. Ca c'est de la statistique sérieuse ! Forcément, on est tout de suite convaincu ! 

Guerre des chiffres toujours, concernant cette fois les pompes à essence. Christine Lagarde, hier annonce : "Meuhhh non, y a pas de pénurie, on en est loin". Et d'annoncer ce matin qu'aucune station n'était fermée mais que 200 seraient gênées. Je suis donc parti chercher de l'essence autour de chez moi. Je connais l'emplacement de 12 stations... Aucune n'avait de Gasoil, quatre étaient fermées. 

Quand je pense que certains mauvais esprits estiment que le gouvernement se fout de not'gueule !  

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mercredi, 18 août 2010

Non à la politique du pilori

En cette période estivale, où les Français sont en vacances (de plus en plus souvent chez eux, faute de moyens financiers pour partir, mais c'est un autre sujet) la droite - et notamment des membres du gouvernement - accumule les discours stigmatisant les étrangers, sous couvert d'une pseudo volonté de sécuriser le pays. Embourbé dans une crise qui n'en finit pas, dans de sombres histoires d'appartements, de permis de construire, de cigares, de favoritisme fiscal, dans des réformes bancales (garde à vue, collectivités locales) et injustes (retraites), Nicolas Sarkozy voit l'élection présidentielle de 2012 se profiler dans un climat peu favorable.
Pilori.PNGAyant peur de devenir le second Président sortant battu, le chef de l'Etat (enfin, de ce qu'il en reste) a décidé de renouveler la tactique chiraquienne de 2002. En mettant en avant les questions de sécurité, en attisant la peur des Français et la haine de l'étranger, Nicolas Sarkozy espère rassembler la f(r)ange la plus dure de son électorat et faire monter le Front national, afin de se retrouver au second tour face à Marine Le Pen plutôt qu'à Martine Aubry que les sondages donnent gagnante. Rappelons que le Président de la République est censé être le garant des institutions et de l'unité de la Nation. A jouer ainsi les boute-feu, non seulement il sort de son rôle mais il compromet gravement la pays qu'il dirige.
De nombreuses organisations associatives, syndicales et poltiques, dont AC !, Les Alternatifs, ATTAC, CFDT, CGT, Confédération Paysanne, Cimade, Cran, DAL, Emmaüs, Europe Ecologie, SUD Education, FSU, Fondation Copernic, France Terre d’Asile, Gauche unitaire, GISTI, Ligue des droits de l’Homme, Ligue de l’enseignement, Médecins du Monde, MRAP, NPA, PCF, PG, PS, RESF, SNESUP-FSU, SOS Racisme, Syndicat de la magistrature, Solidaires, ou encore Les Verts, on lancé l'appel suivant :

Face à la xénophobie et à la politique du pilori :
liberté, égalité, fraternité

Les plus hautes autorités de l’Etat ont fait le choix de jeter à la vindicte publique des catégories entières de population : Gens du voyage accusés comme les étrangers d’être des fauteurs de troubles, Français d’origine étrangère sur lesquels pèserait la menace d’être déchus de leur nationalité, parents d’enfants délinquants, etc. Voici que le président de la République accrédite aussi les vieux mensonges d’une immigration coûteuse et assimilée à la délinquance, et offre ainsi à la stigmatisation des millions de personnes en raison de leur origine ou de leur situation sociale.
Ce qui est à l’œuvre dans cette démarche ne s’inscrit pas dans le débat légitime, dans une démocratie, sur la manière d’assurer la sûreté républicaine. Le nécessaire respect de l’ordre public n’a pas à être utilisé pour créer des distinctions entre les habitants de ce pays et désigner des boucs émissaires. Ni pour instituer des peines de prison automatiques, contraires aux principes fondamentaux du droit pénal, à l’indépendance de la justice et à l’individualisation des peines.
La Constitution de la France, République laïque, démocratique et sociale, assure « l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ».
Nul, pas plus les élus de la nation que quiconque, n’a le droit de fouler au pied la Constitution et les principes les plus fondamentaux de la République.
Notre conscience nous interdit de nous taire et de laisser faire ce qui conduit à mettre en péril la paix civile.
Nous appelons à une manifestation le samedi 4 septembre 2010, place de la République à Paris, à 14h00, et partout en France, afin de fêter le 140e anniversaire d’une République que nous voulons plus que jamais, libre, égale et fraternelle.

Pour signer l'appel en ligne : http://nonalapolitiquedupilori.org/

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mercredi, 07 avril 2010

L'abstention était-elle souhaitée ?

Avec 53,67 % d’abstention au premier tour, 48,79 % au second, et une moyenne de 51,24 % sur l’ensemble des deux, les élections régionales ont donc été marquées par le dédain des électeurs pour leurs propres droits civiques.
Tout d‘abord, posons-nous une question : à qui profite l’abstention ? Car cette défaite de la droite aux régionales était prévue depuis fort longtemps. Personne ne se faisait d’illusion sur la possibilité d’une vague bleue. Alors quand, au soir du premier tour, la majorité - le gouvernement et François Fillon en tête -, intervient pour dire qu’elle n’a pas perdu puisque l’abstention fausse tout, on est en droit de s’interroger sur cette excuse providentielle. C’est un moyen facile de ne pas se remettre en cause. Mieux, la majorité a même eu le culot de voir dans cette abstention le désintérêt des citoyens pour l’institution régionale et donc, par contrecoup, un plébiscite pour la réforme territoriale. D’une abstention inquiétante, l’UMP a fait un déni de défaite et une victoire politique. Alors, ma question est simple : cette abstention était-elle voulue par le gouvernement ? Je ne réponds pas, je m’interroge. Je note simplement que pour la première fois depuis très longtemps, le ministère de l’intérieur n’a pas jugé bon d’organiser une campagne d’incitation au vote.  

Ensuite, un conseil à ceux qui ont préféré aller à la pêche ou à la messe plutôt que dans leur isoloir : faites gaffe, les gars, on est en Sarkozie, ne l’oubliez pas ! Le Président de la République n’est pas du genre à s’embarrasser de principes… Regardez les prud’homales. Trop faible participation, trop coûteux (c’est fou, quand même, cette manie de tout jauger à l’aune de son coût, y compris la démocratie). Total : on supprime les élections. Ainsi, Xavier Darcos - alors encore ministre des affaires sociales (sic!) - a-t-il commandé un rapport sur une réforme du mode de désignation des conseillers prud’homaux qui viserait à ne plus demander leur avis aux salariés. Déjà qu’avec la réforme territoriale les élections régionales vont être supprimées… En bref, on nous invente une démocratie représentative dans laquelle les représentés n’ont pas le choix de leurs représentants.

mardi, 30 mars 2010

La place n'est pas mauvaise mais...

Le Président de la République, on le sait, est un excellent communicant. Rien de tel, par exemple, qu’une bonne prise de bec publique avec sa Secrétaire d’Etat à l’Ecologie, à propos du renoncement présidentiel sur la taxe carbone, pour faire taire immédiatement les rumeurs sur leur flirt qui ont fait les choux gras de la presse mondiale.
Alors que penser de cette déferlante d’informations concernant la non-candidature de Nicolas Sarkozy en 2012 ? Le Président aurait-il perdu la main ?
Tout d’abord, c’est madame Sarkozy qui a ouvert le bal en indiquant, sur TF1 puis dans le Figaro Magazine, deux médias que nul ne songe à taxer d’antisarkozysme primaire (ni même quaternaire), alors qu’on l’interrogeait sur l’éventualité d’un second mandat : « En tant qu’épouse, je ne le souhaite pas vraiment. [En tant que citoyenne, cette électrice de Ségolène Royal ne doit pas le vouloir du tout.] Peut-être ai-je peur qu’il y laisse sa santé. Peut-être ai-je envie de vivre ce qui nous reste à vivre [sic] dans une certaine paix. »
Puis vint le tour du père, Pal Sarkozy : « Je pense qu’il aura une vie plus tranquille et plus confortable [re-sic] s’il ne se représente pas. C’est une opinion de père qui aime son fils et qui aimerait le voir heureux. »
De ces deux interviews, on peut donc conclure que le Président n’est pas heureux (le sera-t-il jamais, lui qui depuis des années nous montre l’image d’un éternel insatisfait ?). L’attention de ses proches est touchante. Ils veulent son bonheur (et le nôtre par la même occasion) en éloignant Nicolas Sarkozy du pouvoir, comme des parents inquiets pour leur ados tentent de l’extirper de sa console de jeux. Mais, à moins que le Président ait véritablement perdu la main,  peut-on sincèrement croire que ces témoignages aient été livrés sans l’accord de l’intéressé ?

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A ces prises de position d’intimes, s’ajoute celle de Xavier Bertrand, Secrétaire général de l’UMP, qui a déclaré, à propos de la désignation du candidat de son parti pour la Présidentielle de 2012 : « Tous les candidats, y compris Nicolas Sarkozy s’il se représente, devront se soumettre à des primaires. » Incroyable ! Du jamais vu ! Ainsi, un chef de parti qui se veut un soutien indéfectible du chef de l’Etat indique que ce dernier, s’il souhaite bénéficier de son appui pour cinq années supplémentaires, devra passer par un tour préliminaire. Comment imaginer un seul instant Nicolas Sarkozy accepter d’affronter Jean-Louis Borloo, Alain Juppé ou Jean-François Copé pour obtenir l’investiture des militants UMP ? Et si Nicolas Sarkozy devait être seul candidat à cette primaire, cela renforcerait encore davantage l’image d’un Président partisan, lié à un clan, au lieu d’un rassembleur de la Nation comme devrait l’être un chef d’Etat.
Selon TNS-Sofres, qui teste la popularité des Présidents et Premiers ministres depuis 1978, après 34 mois de mandat, François Mitterrand était à 43% d’opinions favorables et Jacques Chirac à 36%. Nicolas Sarkozy est à 31%. Un sondage réalisé par IPSOS indique que 57 % des Français ne veulent pas d’une nouvelle candidature de Nicolas Sarkozy en 2012 (37 % vraiment contre et 20 % plutôt contre). 32 % sont de l’avis inverse (22 % plutôt pour et 10 % vraiment pour). 
Alors ? Nicolas Sarkozy a-t-il vraiment l’intention de se présenter à sa propre succession ? Cette campagne médiatique n’aurait-elle pas pour finalité de préparer sa sortie ? Sur ses vingt-deux prédécesseurs, un est devenu Empereur, six ont démissionné, six ne se sont pas représentés, deux furent les victimes d’un changement de régime ou de constitution, quatre sont morts pendant l’exercice de leur fonction. Deux ont achevé leur second mandat. Un seul a été battu alors qu’il était candidat à sa propre succession. Nicolas Sarkozy aurait-il peur de subir le même revers que Valéry Giscard d’Estaing ? Préfère-t-il jeter l’éponge plutôt que de vérifier auprès des Français sa légitimité ? L’homme marche aux défis. Il est Président de la République, qu’a-t-il besoin de l’être une seconde fois ? Armand Fallières, Président de la République de 1906 à 1913, non-candidat à un second mandat, disait : « La place n’est pas mauvaise mais il n’y a pas d’avancement. »

 

mardi, 16 mars 2010

Le taureau et la muleta

Et voilà. Il fallait s’y attendre. Ce qui devait arriver est arrivé.
Voilà près de six mois qu’aucun message n’a été posté sur ce blog. Alors, quoi ? Fin de la révolte ? Plus rien à dire ? Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles – la Sarkozie ? Les gauchistes – dont je suis et me revendique – auraient-ils perdu la voix ? Ce silence aurait-il été acheté par la nomination de Didier Migaud à la Cour des Comptes ou par celle de Michel Charasse au Conseil constitutionnel ? Non, bien sûr. Loin s’en faut.
Je rassemble les papiers épars qui trainent depuis… longtemps sur mon bureau. Que d’articles commencés et inachevés. Que de pages rédigées pour rien, obsolètes avant d’avoir été postées. Car tout va trop vite en Sarkozie. Celui qui – comme moi, et nous sommes nombreux dans ce cas – a un travail, une famille, des heures de transport pour aller au boulot et en revenir, celui-ci se laisse avoir par le temps et la Sarkozie œuvrant de conserve, comme le taureau se laisse avoir par la muleta.
La cape s’agite. Le taureau fulmine et fonce… puis s’arrête brusquement. La cape a disparu. Elle lui est passée à côté, au dessus de la tête. Le taureau se retourne et la voit. Elle est là, de l’autre côté. Il enrage de l’avoir ratée la première fois et fonce derechef. Même résultat. Le matador, d’une main de maître, sans hésitation aucune, certain de son droit de vie et de mort sur la bestiole, le promène de long en large. Et lui, l’animal, bêtement, fonce vers le leurre. Le matador voit cela comme un combat, un duel. Mais est-ce finalement autre chose qu’une humiliation publique ? Avec, au bout, l’estocade.

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Je me suis fait avoir, moi aussi. A peine ébauché un article sur la promotion annoncée du Prince Jean à la tête de l’EPAD, voilà que point le débat obscène sur l’identité nationale, aussitôt couvert par le double salaire d’Henri Proglio, le licenciement des fonctionnaires, l’acquittement de Dominique de Villepin malgré la lettre de cachet élyséenne, le mépris des journalistes enlevés en Afghanistan pour n’avoir pas voulu se contenter des dépêches officielles, puis la loi LOPPSI 2, ou encore la violente diatribe diffamatoire à l’encontre d’Ali Soumaré. Olé !
Alors, tant pis. Tant pis si je ne réponds pas à chaque derechazo (1). Pourvu que je t’encorne la muleta une ou deux fois, j’aurai gagné ma faena.

(1) En tauromachie, le derechazo est une passe pour laquelle le matador tient la muleta dans la main droite, le taureau arrivant de la gauche. Enfin, c'est ce que dit Wikipedia... vous savez, moi et la tauromachie...

samedi, 24 octobre 2009

Les lâches et les hypocrites

Le Président de la République, en proposant sa réforme constitutionnelle du 23 juillet 2008, avait claironné à qui voulait l’entendre (à défaut de le croire) que son texte augmenterait les pouvoirs du Parlement. La preuve, l’ordre du jour en est désormais partagé. Davantage de textes d’origine parlementaire sont examinés. Il conviendrait cependant de définir le terme « d’origine » car, visiblement, dans la tête de nos gouvernants, il signifie simplement « déposé » par un parlementaire. Et l’on assiste en permanence à un déferlement de lâcheté et d’hypocrisie.

Ainsi, lorsqu’Eric Woerth – ministre du Budget – propose que les indemnités versées aux accidentés du travail soient désormais soumis à l’impôt sur le revenu, on s’attend à ce que cela soit inscrit dans le projet de loi de finances. Que nenni ! Cette mesure sera introduite dans le budget sous forme d’un amendement parlementaire. C'est-à-dire que l’on sait déjà, avant même que l’examen du texte ait commencé, qu’un député UMP va proposer la modification d’un projet de loi dont il n’a pas encore connaissance, pour aller dans le sens d’une proposition gouvernementale que le ministre qui l’a formulée n’a pas souhaité inscrire lui-même. Cela n’a aucun sens… Eh bien si, justement ! On se doute bien que cette mesure risque d’être assez impopulaire. Si d’aventure les Français décidaient de se réveiller et de se mobiliser pour préserver les quelques droits qui leur restent, le gouvernement pourrait toujours renoncer à cette taxation sans donner l’impression de faire machine arrière.

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Autre exemple : Nicolas Sarkozy, lors de sa campagne présidentielle, avait proposé de mettre en place un « service civique ». C’est à Martin Hirsch qu’il a confié le soin de le créer. Oui, mais voilà… le Président exigeant en outre que l’on légiférât pour tout et n’importe quoi, dans l’urgence et la passion, le Parlement se retrouve avec un ordre du jour surchargé. Et comme cet ordre du jour est désormais « partagé » avec le Parlement lui-même, on se doute qu’il est bien difficile pour le gouvernement de faire examiner l’ensemble de sa production. Comment faire ? C’est très simple, il suffit de demander à un parlementaire de présenter le texte ministériel lors d’une séance consacrée aux propositions de lois (1). C’est pourquoi le service civique, préparé par le Haut-commissariat à la Jeunesse, sera soumis au vote du Parlement par le sénateur radical de gauche Yvon Collin. Il est d’ailleurs amusant de constater que Martin Hirsch continue de consulter en vue de la préparation du texte de loi et que ces auditions se déroulent en l’absence de son auteur officiel.

Enfin, on apprend aujourd’hui que le gouvernement va demander à l’Assemblée nationale d’annuler le vote d’un amendement augmentant de 10 % l’imposition des bénéfices bancaires, approuvé par 44 députés contre 40, malgré l’opposition farouche de Christine Lagarde. Deux députés se seraient trompés en votant… Tiens, tiens… Deux étourdis d’un coup. Et bizarrement, la correction de leurs votent permettrait de rejeter l’amendement dont le gouvernement ne veut pas.

Que les députés et sénateurs de la majorité acceptent – pour ce qui les concerne eux, personnellement – d’être des larbins, des sous-fifres, des valets, c’est leur problème. Mais qu’ils gardent bien en mémoire qu’ils sont des représentants du peuple et qu’à ce titre, en endossant la livrée, c’est à leurs électeurs qu’ils la font revêtir.

 

(1) Pour rappel, on parle de « projet » de loi quand le texte émane du gouvernement et de « proposition » de loi quand il est déposé par un parlementaire. 

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mardi, 20 octobre 2009

Au nom du Père, du Fils et du Grand Paris

On parle beaucoup de Jean Sarkozy et de sa future présidence de l’EPAD (Etablissement Public d’Aménagement de La Défense). Je ne reviendrai pas sur tout ce qui a déjà été dit : népotisme, pseudo-élection par un Conseil d’administration à 78 % contrôlé par Sarko le Père, études limitées de Sarko le Fils…

Certes, les Français sont agacés mais il n’y a là rien de très étonnant. Ministre de l’Intérieur, il avait déjà exigé que l’on procédât à des tests ADN pour retrouver le voleur du scooter de Jeannot. Il avait également annoncé – après quelques mois d’absence du gouvernement – qu’il retournait à l’Intérieur avec pour mission principale de démasquer les méchants corbeaux de Clearstream. On se doutait donc bien que Sarko le Père ne s’encombrerait pas de cas de conscience sur l’utilisation du pouvoir au profit des siens.

En revanche, il y a quelque chose qui me frappe dans cette histoire : c’est la concordance des temps (que Sarko le Père manie très bien dès lors qu’il ne s’agit pas de grammaire). En effet, la candidature de Sarko le Fils à la tête de l’EPAD a été annoncée le 8 octobre. La veille, le 7 octobre, le gouvernement avait adopté en Conseil des ministres le projet de Grand Paris, présenté par Christian Blanc. Et force est de constater que les deux événements ont la même finalité : les Sarkozy Père et Fils tiendront bientôt, entre leurs mains, de très importantes prérogatives en matière de construction.

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Ainsi, Sarko le Père contrôlera la Société du Grand Paris, décideur et maître d’ouvrage des aménagements de transports de l’Ile-de-France. Peu importe que le Conseil régional, à travers son schéma directeur, ait d’autres projets, la SGP pourra passer outre. Les terrains constructibles, la SGP pourra les préempter. Qui paiera ? Les collectivités locales. Décentralisation Acte II (décès).

Sarko le Fils, lui, aura la haute main sur les projets d’aménagement de La Défense, premier quartier d’affaires d’Europe, où se concentrent les sièges sociaux des plus grands groupes français et, par là même, arrosant financièrement le département dont Papa fut le patron et dont chacun sait qu’il appartiendra à Fifils en 2011.

Si Sarko le Père avait, parmi ses proches, un grand industriel du BTP (Martin Bouygues par exemple), on serait en droit de s’interroger sur les éventuelles conséquences financières de toute cette opération. Et si ledit industriel était propriétaire d’un grand groupe télévisuel (TF1 par exemple), on ne se poserait plus guère de question sur les futures retombées médiatiques de l’ensemble. On dirait juste : « Très fort, le mec. » Mais on n’en serait pas moins écœuré.

 

PS : Rien à voir. Mais mon amie Christine vient de suspendre son blog RS21. Outre la peine que cela me procure, je tiens à lui rappeler qu’elle pourra toujours, quand elle le voudra, venir travailler dans ces colonnes.

mercredi, 23 septembre 2009

Bras cassés

Ca y est ! Le gouvernement s’attaque enfin au terrible fléau des accidents du travail ! En 2008, selon les chiffres de l’Assurance maladie, 703 376 accidents se sont produits, soit près de 1 922 par jour, dimanches et jours fériés compris. Cela représente près de 4 salariés sur 100. 569 personnes y ont perdu la vie, soit près de 11 par semaine, et 44 037 autres souffrent d’une invalidité permanente. Il était donc urgent d’intervenir.

Mais bien sûr, nous sommes sous Nicolas Sarkozy. Le gouvernement est dirigé par François Fillon et Eric Woerth tient les cordons de la bourse. Il ne s’agit donc pas d’aller contraindre les patrons à prendre des mesures de sécurité supplémentaire, ni  d’étendre les CHSCT aux entreprises de moins de 50 salariés. Le gouvernement vient tout simplement d’annoncer que les « indemnités journalières » seraient désormais fiscalisées. Les travailleurs qui ont subi un accident du travail devront payer des impôts dessus.

« Il est assez naturel », a indiqué Eric Woerth, « de fiscaliser de la même manière que les revenus du travail le revenu qui remplace le revenu ». Il s’agit, pour lui, d’une « mesure de justice qui permet de mettre en avant le travail ». Ecœurant ! Vomitif ! Car cela signifie simplement que dans l’esprit du gouvernement ces indemnités relèvent de l’assistanat. « Mettre en avant le travail », cela veut dire qu’il faut valoriser ceux qui bossent par rapport à ceux qui n’en foutent pas une rame. On a souvent entendu le même discours à propos des minima sociaux.

Or, qui cette mesure concerne-t-elle ? Les pauvres ! Précisément ceux qu’on ne peut pas – moralement en tout cas – ponctionner davantage. Ceux qui, une fois payés les impôts, le loyer, les frais médicaux de moins en moins remboursés, se demandent comment ils vont bouffer. Selon les mêmes statistiques de l’Assurance maladie pour 2008, 5,87 % des accidents du travail concernent les cadres et agents de maîtrise, 24,07 % les employés et 64,27 % les ouvriers (qualifiés ou non). Et les indemnités journalières – rappelons-le à Monsieur Woerth – ne représentent que 80 % du montant du salaire.

Selon Jean-François Copé, Président du groupe UMP à l’Assemblée nationale qui déposera un amendement en ce sens lors de la discussion du budget 2010, la mesure devrait rapporter à l’Etat 150 millions d’euros. Cela peut sembler énorme à qui gagne le SMIC. Mais, à titre de comparaison, cela représente l’enveloppe que le gouvernement souhaite consacrer à la rénovation des stades pour le cas où la France organiserait l’Euro 2016.

Et une atteinte de plus aux droits des travailleurs ! On va finir par croire que c’est fait exprès !